Le problème d'aller en cours

Le cours, impose un faux rythme, qui vous pénalise, aussi paradoxal que cela puisse paraître.

Ces derniers temps, je donne des cours particuliers de mathématiques à des élèves de seconde. Je remarque une chose, chose que j’avais déjà remarquée pour moi-même en classe prépa. Les élèves qui me forcent à suivre le programme du prof, à répondre aux questions posées par le prof sont les élèves qui ne progressent pas. Les élèves qui acceptent ma méthodologie d’apprentissage des mathématiques (pour en voir un exemple, consultez la partie mathématique pour les ECE/ECG) progressent de façon phénoménale. Et pourtant, on aborde les mêmes chapitres.

C'est comme si le fait de suivre le rythme d'un professeur imposait un faux rythme d'apprentissage, qui donne l'impression d'avoir compris sans comprendre.

Pourquoi ?

Comme le disait si bien Confucius : nourris un homme un jour, donne lui du poisson ; nourris-le toute sa vie, apprends lui à pêcher. Dans un cas, j’ai des gens à répondre à des questions, dans l’autre, je les aide à y répondre par eux même.

Parce que suivre le cours et suivre les exigences du cours, même si en apparence cela semble aller de pair avec l’évaluation finale (que ce soit le contrôle, le bac ou un concours), ce n’est pas toujours le cas. Parfois, c’est même contre-productif.

Vous ne développez jamais les compétences dont vous aurez réellement besoin en suivant le cours. Bien sûr, des professeurs sont excellents, il n’y a pas de discussion. Mais so what ?

Est-ce que rester assis pendant 8h par jour à écouter quelqu’un parler vous fait progresser ? Si vous deviez faire de la sculpture, est-ce que vous ne préféreriez pas sculpter pour comprendre comment faire plutôt que de regarder des vidéos ? Il faut bien sûr récupérer des connaissances, des explications de concepts, et que sais-je encore. Mais si on les a ?

Il arrive même la chose suivante : il est parfois, sinon souvent, plus rentable de sécher les cours pour pouvoir travailler la matière prétendument enseignée.

Combien de tous ces cours auxquels vous assistez vous servent réellement à quelque chose ? Combien de ces cours vous auriez pu sécher sans changer le résultat final ? Combien de ces cours vous auriez pu sécher pour améliorer vos notes ?

Parce qu’une chose est sûre : lorsqu’on a identifié ce qu’il fallait maîtriser, et qu’on a la possibilité de le travailler, il n’est plus très rentable d’aller au cours. Du moins, pas autant. Écouter un cours peut être utile pour avoir une introduction à l’oral de certaines choses, certaines connaissances, certains concepts. Mais, certainement pas la prise de note, ou plutôt suivre la dictée d’un prof.

Il est toujours plus efficace de travailler et comprendre par soi-même quand on sait quoi faire que subir une mise en scène professorale. La mise en scène d’un professeur qui vous dicte quelque chose. Qui vous évalue, vous juge, mais ne vous forme pas réellement. Et qui, s’il vous arrive de réussir, s’appropriera une grande partie du crédit et se targuera des années durant que vous êtes passés par ses rangs sans même qu’il ait été utile à quoi que ce soit.

La présence en cours est nécessaire pour maintenir l’illusion de l’enseigner, pour continuer de faire croire à la mise en scène de l’École. La mise en scène verticale de quelqu’un qui parle, et qui se plaît à parler, parce que dans le fond, il a le plaisir égoïste à être écouté, ou au moins que des gens font mine d’écouter.

Si jamais un jour, tous les élèves séchaient le cours d’un enseignant, quelle réaction ? Outrage, indignation, procès, très certainement. Mais, si tous ces élèves qui sèchent réussissaient, avaient tous 20 ? Quelle différence alors s’ils sont venus ou non ? Prenons un autre cas : si un seul élève vient au cours, et tout le reste de la classe ne vient pas. Et que seul cet élève ne réussit pas, quel intérêt pour lui de venir ?

Prenons un dernier cas, le meilleur, et le plus courant : tous les élèves sont là, mais leur performance finale, celle du concours, est indifférente au fait qu’ils soient venus, et ils ont tous raté. L’ego du professeur serait flatté, ne serait pas outré, car ils sont tous venus, ils ont au moins fait « mine d’être sérieux ». Faire mine d’être sérieux n’est pas être sérieux pourtant. Et indépendamment du sérieux, comprendre n’est d’aucune manière équivalent à assister à un cours.

Ce sont d’autres choses qui jouent dans la réussite scolaire, dans la performance au concours.

Étrangement, le système scolaire préférerait des élèves, mais présents et qui ratent que des élèves qui sèchent mais qui intègrent. Et même après, les grandes écoles, que ce soit HEC, l’ENS, l’ENA et que sais-je, forceront toujours les élèves à aller assister à des cours alors même qu’ils ne servent à rien. Tout ça pour maintenir la mise en scène sociale de l’enseignement, mise en scène qui n’est qu’une mise en scène, et qui n’a rien à voir avec un véritable apprentissage.

D’ailleurs, c’est tout le problème : comme on préfère la mise en scène plutôt qu’aider un individu en vue de comprendre la finalité de ce qu’il doit faire, si mettons, il passe un concours, on sacrifie tout ce temps qui aurait pu être utile. Il n’y a souvent pas de correspondance entre le cours et la réalité de ce qu’il faut faire pour assimiler les concepts réellement utiles pour performer. C’est ainsi.

Moralité : Il n’y a pas de réelle culpabilité à sécher si vous savez qu’en réalité les conséquences seront minimes. Si vous passez un concours, il est probablement utile de faire ce qui est réellement utile pour votre réussite, c'est-à-dire comprendre les méthodologies et les attendus, que prendre en note une dictée, qui se prétend être une explication.