Il n'y a rien à attendre de vos copies

Beaucoup trop de gens idéalisent ce qu'il faut faire, et c'est donner trop de crédit aux épreuves.

Combien de gens passent chaque année des concours en pensant qu’il y a quelque chose à attendre de la copie qu’ils vont produire ?En pensant qu’il y a un idéal à atteindre ? En pensant que c’est un reflet de l’intelligence ?

Chaque année, plusieurs centaines, sinon milliers de personnes, réussissent des concours. Que ce soit l’agrégation de mathématiques, de philosophie, HEC, l’ENS, l’ENA, Polytechnique, et j’en passe. Chaque année, il y a bien des majors, puisqu’il en faut. Combien d’entre eux sont de vrais Einstein ? De vrais Magnus Carlsen de leur domaine ? Il y en a peut-être. Il y en aura peut-être. Mais, s’ils le sont, je peux dire avec certitude que cela n’arien à voir avec leur rang au concours.

On aimerait croire que le major de l’agrégation de philosophie est un Jean-Paul Sartre (qui avait majoré l’agrégation en 1929, après un échec en 1928 pour avoir fait « preuve de trop d’originalité »).Or, ce qu’on ne voit pas, c’est que la copie n’est jamais que du conformisme à une attente. Une évaluation de la capacité à appliquer la technique ou la méthode, pas réellement une évaluation de « l’intelligence ». Mot dévoyé par le système où ceux qui appliquent le mieux, et apprennent le plus par cœur seront toujours plus valorisés.

Est-ce qu’il y aune grande fierté à se dire que le grand accomplissement de la vie de quelqu’un est d’avoir rempli trois copies doubles au format A4 ?

Ce qu’il faut comprendre alors, c’est que les copies ne sont jamais que des copies. Les épreuves ne sont jamais que des épreuves. Des techniques à appliquer.

Les copies ne sont pas un reflet de ce qu’on croit abusivement être de l’intellect. Réciter par cœur des résumés de livres qu’on a pas lu (et dont la lecture n’aurait qu’un faible intérêt d’ailleurs) n’est pas de l’intelligence. Il n’y a pas besoin d’avoir lu des tonnes de livres, il n’y a pas besoin d’être un génie en mathématiques au préalable.

Il s’agit toujours d’identifier : qu’est-ce qui est attendu ?

Et comprendre : Pourquoi je n’arrive pas à m’y conformer parfaitement ?

Les notes ne mesurent jamais que le conformisme à la méthode. Votre culture, vos intérêts, vos états d’âmes, et votre auto-évaluation n’ont rien à voir, et ne servent à rien.

Et chaque année, certains élèves passent des concours, les repassent. Toujours persuadé qu’il y a quelque chose de plus au concours, ils vivent dans l’idéalisation de ce que c’est. Et plus le concours paraît quelque chose d’idéal, plus les « bonnes notes » et les « bonnes copies » paraissent être des idéaux inaccessibles, moins ils l’obtiendront.

À l’inverse, pour ceux qui méprisent ce qu’ils font, mais sont assez intéressés par la récompense de la bonne copie, ils auront une toute autre attitude. Plus direct, plus pragmatique, plus efficace. Ils verront davantage les concours comme une sorte de science, dont les secrets se dévoilent plutôt simplement, à force d’expérimentations et de prise de distance.

Le mépris des concours, le mépris des copies. Ne pas voir de différence entre faire ses lacets et faire une dissertation. Une fois qu’on a compris le mécanisme, l’exploiter pour en tirer tous les bénéfices. C’est la seule chose à faire.